Avertir le modérateur

10/05/2007

Cold sweat down my spine

Procès hier après-midi des douze mecs poursuivis après la manif anti-Sarko de dimanche soir, sur le Vieux-Port.

Une centaine de personnes sont venues manifester leur soutien devant le tribunal. A l'intérieur, la salle est pleine à craquer. 

Les policiers qui se sont dits victimes des prévenus (qui les auraient frappés à coups de pieds et des jets de bouteilles ou de pierre) sont absents. La présidente tacle le procureur : "Sans les victimes, je ne vois pas comment on peut faire ce procès !"

Il faut donc renvoyer l'audience à une date ultérieure. Le tribunal n'est pas disponible avant le 25 mai. Presque un mois. Les prévenus présentent toutes les garanties pour revenir se présenter devant la justice : ils ont un emploi, des enfants à charge pour beaucoup, des casiers vierges ou de toutes petites condamnations... Et pourtant, le procureur demande systématiquement leur maintien en détention provisoire !

Il déroule ses arguments. Sur les bancs de la presse, nous sommes cinq journalistes. Et on se regarde tous, effarés. 

Car pour le procureur "Nous ne sommes pas devant un mouvement social, une manifestation classique. C'est une manifestation contre la démocratie, contre une moitié de la population qui a choisi un élu avec une forte participation. Alors que le nouveau gouvernement n'a encore pris aucune mesure, aucune décision, on manifeste contre la  République, contre le suffrage universel. [...] Le trouble à l'ordre public est majeur et n'a pas été épuisé par la garde à vue*. Monsieur L [un des prévenus] n'est pas un militant associatif. On ne va pas dans une manifestation quand on n'en connaît pas les tenants et les aboutissants."

Fort heureusement, les avocats de la défense haussent le ton. Me Jacquemain, surtout, dont la voix tonne dans toute la salle, malgré l'accoustique merdique : "En démocratie, on a pas le droit de s'en prendre aux forces de l'ordre. On a le droit de participer aux élections, mais on a aussi de se réunir, de manifester, que ce soit la joie place de la Concorde ou de la tristesse à Marseille !"

En fin de soirée, le tribunal renvoie l'audience au 17 octobre et libère tout le monde en attendant. Et sur les bancs de la presse, on pousse un ouf de soulagement.

Il y a trois semaines, la justice avait repoussé le procès du militant RESF Florimond Guimard. Après avoir fixé elle-même l'audience au 20 avril, elle avait finalement estimé que la date "était trop proche des présidentielles" et que ça pouvait prendre "une tournure politique".

La justice ne fait de politique. La justice est impartiale. La justice n'est jamais tout à fait la même ni tout à fait une autre.

 

Raoul Duke, master en droit 

 

*Qui a tout de même duré 48h, plus une nuit aux Baumettes avant le procès, pour des délits somme toute minimes. Les "blessures" infligées aux policiers étant toutes inférieures à huit jours d'ITT.

Les commentaires sont fermés.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu