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26/04/2008

Muselier, touché-coulé

Ce matin-là, dans l’hémicycle de la communauté urbaine, tous les journalistes (votre serviteur compris) arborent un air las. Nous allons passer trois heures à couvrir une élection jouée d’avance, Muselier va passer dans un fauteuil, il va se gargariser toute la journée de cette victoire, bref…

Le vote en lui-même (157 conseillers l’un après l’autre dans l’isoloir) dure déjà une heure. Vient le dépouillement. Au fond de la salle, sur les bancs des radios, Fred Guilledoux de l’Hebdo, Eloi, de l’AFP, et ma pomme. On fait le décompte en même temps que les assesseurs.

Recompte
Dès le début, Caselli est en tête, à une ou deux voix. Muselier par deux fois remonte à égalité, mais ne passe jamais devant. Le couperet finit par tomber : Caselli 79 voix. Incrédules, on se regarde entre confrères. « Il est vraiment élu, là, non ? ! ».

On revérifie chacun la feuille de l’autre, le doute n’est plus permis. Eloi fonce avertir sa rédaction pour que l’AFP balance un « urgent », je file vers la tribune pour essayer d’entendre ce que dit Muselier, déjà assailli par les caméras. Bruno Gilles (UMP) réclame un recompte. Au bout de dix minutes, Patrick Mennucci (PS), retenant un sourire, annonce d’une voix grave : « 77 voix confirmées pour Renaud Muselier ».

Panique
Caselli prend la présidence, suspend la séance. Dans les rangs de l’UMP, c’est la panique. Une réunion gauche-droite s’improvise au premier étage dans l’ancien bureau de Gaudin, où Muselier avait déjà déposé ses cartons. Sauf que c’est Caselli qui est dans le fauteuil, et les représentants de l’UMP jouent les invités.

En bas, la tension est à son comble. Trois vigiles barrent l’accès aux bureaux de la présidence, alors que la meute de journalistes grossit à vue d’œil. La majeure partie de la troupe était jusque-là en train de suivre la visite de la ministre de l’Education Valérie Pécresse. Dès réception de « l’urgent » d’Eloi, tout le monde a planté la ministre pour foncer à la communauté urbaine.

Une consoeur de France 3, présente depuis le début, peste : « Avant la séance, on avait proposé à Muselier d’enregistrer tout de suite sa réaction, pour être à temps pour le 12-13. Il était partant mais au dernier moment, il n’a pas pu. C’est trop con, ç’aurait été Vidéo gag ! »

Diversion
La suspension de séance traîne. Prévue pour durer trois quarts d’heure, elle est en déjà à une heure et demie. Petit à petit les élus regagnent l’hémicycle. Caselli, prudent, refuse de dire aux journalistes quelle sera sa politique sur le fini-parti ou l’incinérateur. La séance peut reprendre, mais Muselier et Gaudin ne sont pas là.

On les attend un quart d’heure, personne ne sait où ils sont. Puis, soudainement, un petit groupe d’élus UMP descend les marche et réussit à faire diversion, attirant les caméras pendant que Gaudin et Muselier arrivent par l’ascenseur et foncent directement vers leurs fauteuils.

Vengeance
Muselier prend la parole, dénonce une « trahison ». Au vote suivant, Caselli est mis en minorité et suspend la séance. La situation est bloquée, et la « victoire » amère pour la droite. Aveuglée par ce qu’il faut bien appeler de l’orgueil, l’UMP, Muselier en tête, n’a pas vu que les candidats qu’elle a lâché ou tenter de tuer aux municipales –Le Dissès à Marignane et Bertrand à Plan de Cuques- pouvait lui rendre la monnaie de sa pièce à la communauté urbaine.

Le parti majoritaire a perdu la présidence de l’organisme qui a le plus de compétences dans l’agglomération. Il ne lui reste que le conseil municipal, haut lieu symbolique mais où ne s’exerce plus la réalité du pouvoir. L’UMP peut certes pourrir un temps le fonctionnement de la communauté urbaine, mais elle sera obligée de composer si elle ne veut pas paralyser toute la ville. Depuis le 17 avril, 10h, le roi est nu.

Belsunce Breakdown

Gerry Meaudre, réalisateur du documentaire Marseile Transit sur France 5, est un type passionnant. En plus d’avoir un œil photographique (il faut voir ses images de Belsunce, notamment celle des enfants regardant les pelleteuses en action depuis un balcon), le bougre dispose d’un œil acéré pour décortiquer la réalité d’un quartier.

Morceaux choisis que je n’ai pas eu la place de mettre dans son interview, une heure magnifique de discussion sur Belsunce, Marseille, et cette haine que la ville entretient pour son centre populaire :

"La production a eu du mal à accepter qu’on n’arrive pas comme ça dans un quartier. J’ai loué un appartement à angle de la rue Thubaneau et des Récollets, j’ai pris plusoieurs mois, j’ai pris mon temps dans les cafés, j’ai tourné avec des gens qui connaissaient bien le quartier, pour établir un rapport de confiance."

"Ce n’est pas un quartier dangereux mais les habitants sont tellement agacés, on les a tellement montrés du doigt que quand ils voient un journaliste ils disent c’est pas un zoo ici ou alors ils veulent absolument vous montrer ce qui se passe chez eux."

"J’ai essayé de trouver des gens qui n’étaient pas des portes-parole autoproclamé des quartiers."

Dans dix ans, une bonne partie de Belsunce sera probablement chinoise. Les Chinois s’implantent le long de la Méditerranée, car les villes du Nord sont saturées. Ils ont commencé par Naples, et maintenant ils arrivent à Marseille.

"La rue Thubaneau est une véritable catastrophe. On se demande ce qui se passe au sein des équipes d’urbanistes. Une rue fonctionne par son hétérogénéité. Si on ne fait que logement et si on transforme tout les rez-de-chaussée en locaux d’artiste, ça va se fermer. Les artistes ont besoin d’intimité, ils ne se donnent pas en spectacle en permanence. En bannissant les cafés, tout les lieux de convivialité, on en a fait une rue morte, lyophilisée."

"Il y a une tendance à laisser pourrir le quartier pour justifier des grands mouvements de reconquête."

Généraliste contre spécialiste

Cri du cœur de Jean-François Kahn dans Libé :

"Un principe devrait être établi selon lequel tout journaliste de bureau, grand chef ou sous-petit chef devrait, au moins trois fois par an, retourner sur le terrain et tout journaliste politique, économique et financier s’investir trois fois par an dans un conflit social, un dossier d’investigation, une affaire glauque (parce que c’est la vie aussi), une crise extérieure ou un drame humain."

Mis à part le fait que Kahn ne s’est pas trop appliqué ce principe à lui-même qand il dirigeait des rédactions, l’idée est plus que recevable. A traiter toujours les mêmes sujets, on perd pied avec la réalité. Même à notre humble niveau de journaliste généraliste touche-à-tout : il suffit de quelques conseils municipaux pour que un ou deux millions en plus sur un budget ne nous paraissent pas si énorme que ça.



Raoul Duke, docteur en journalisme

11/04/2008

Polythéiste

J’adule Hunter S Thompson, je n’arrive pas aux orteils de Derogy, Woodward, Bernstein, je suis total respect admiration de Michel Henry et Fred Guilledoux. Mais un nouveau confrère vient de faire irruption dans mon panthéon : Spider Jérusalem, aka Warren Ellis. Citations en vrac :  

« Nos véritables outils sont nos yeux et notre tête. Il ne s'agit pas simplement de voir ce qui se passe, il s'agit de l"interpréter correctement. Une autopsie perpétuelle. »

« Avec son « journalisme objectif », Wolfit s'est retrouvé à couvrir des concours floraux. Et il a les couilles de fonder une école... »

« Le journalisme est un flingue. Il n'a qu'une balle mais si tu vises bien, c'est suffisant. En visant bien, tu peux faire sauter le genou du monde. »

Fouille-merdes of the world, unite !

Est-ce une révolte ? Non sire, une révolution. De part et d’autre de l’Atlantique, les journalistes en ont marre.

Marre de la pression de leurs actionnaires qui voudraient qu’un journal dégage des marges à deux chiffres, marre de l’obligation de devoir pisser tous les jours de la copie sans avoir le temps de creuser leurs sujets, marre de ce suiveur qui sommeille en chacun de nous et qui nous donne l’impression que ce que si on est seul à mettre tel sujet à la une, c’est qu’il n’est pas important…

J’en passe, et des meilleures. Pour un bref aperçu de tout cela, le lecteur curieux pourra se délecter à la lecture, côté français, des forums du site Categorynet et, côté US, du site angryjournalist.com

 

Raoul Duke, docteur en crise existentielle 

En direct du progrès

ATTENTION : Tous ceux qui ont déjà un tant soit peu réfléchi à l’avenir des médias n’apprendront rien dans ce post. Mais parfois il est bon de poser les choses.

A tous les griefs fondés et profonds exposés ci-dessus, s’ajoutent depuis un an ou deux une vraie rupture de génération entre les journalistes « web » et « print ». Signalons d’emblée que votre serviteur, malgré ses 32 printemps tous mouillés, se situe dans la catégorie « print », sous-famille « dinosaure ».

Aujourd’hui irréversible (et tant mieux), l’irruption du web dans la presse écrite est un renversement total de sa façon de travailler. En gros : dorénavant, les scribouillards peuvent eux aussi, comme la radio ou la télé, émettre en continu et faire du direct ou des flash d’info.

En terme de rythme de travail, ça impose de trouver un équilibre entre la réactivité immédiate (ça c’est bien de la dire tout de suite) et le nécessaire suivi et approfondissement d’un article.

S’y ajoute l’envie –légitime- de mettre du son et de la vidéo en plus. Le journaliste en maraude devient un espèce de groupe multimédia potentiel qui peut simultanément écrire, filmer, enregistrer, photographier un événement, puis restituer le tout après le travail de mise en forme que suppose chacun de ces médias.

Peut-on faire tout ça à la fois ? Peut-être. Peut-on faire tout ça à la fois correctement ? Moins sûr.

A peu de choses près, la presse écrite se retrouve aujourd’hui confronté au vieux dilemme des télévisions : a-t-on vraiment besoin de quatre personnes (rédacteur, cameraman, preneur de son, monteur) pour un reportage ?

Oui si on veut faire de la qualité. Non si on veut que la rédaction ne coûte pas trop cher. Finalement, Internet ça change pas tant de choses que ça. On en reste toujours aux mêmes vieilles questions (voir ci-dessus).

 

Raoul Duke, docteur en archéologie 

06/04/2008

Raoul Duke's not dead

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Mouhahaha ! Tu croyais jeune inconscient, que l'esprit de Hunter S. Thompson avait disparu, vaporisé avec les cendres de son corps, dispersées d'un tir de canon financé par Johnny Depp* ? Eh ben tu t'es gouré, une fois de plus.

Le bougre s'est réincarné dans le scénariste de BD Warren Ellis pour créer Transmetropolitan, les aventures de Spider Jerusalem, journaliste du futur fortement inspiré de Thompson. C'est violent, déjanté, politiquement incorrect et dans le même temps très profond sur le rôle de la presse dans nos sociétés "démocratiques".

L'Alcazar, pourtant très branché Warren Ellis, n'a pas encore acquis la bête (qui en est pourtant à son deuxième volume). Ne reste donc qu'à la bouquiner au Virgin ou à la Fnac. Et pour ce qui est de post plus d'actualité, je dis pouce, quoi, c'est encore les vacances (reprise du boulot demain...).

 

 

 *Authentique déroulement des funérailles du grand homme. 

 
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