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06/06/2008

Du grand art

Ca nous change des montagne de pains de cannabis et des océans de kalachnikovs. Dans la salle de conférence du SRPJ de Marseille, derrière un cordon rouge comme pour les accès VIP, trônent quatre tableaux d’une valeur inestimable : deux du maître flamand Bruegel, deux impressionnistes, Sisley et Monet. L’ambiance est incroyablement détendue, presque joyeuse. « C'est une belle affaire, dans tous les sens du terme » lâche un confrère. « Qu'est-ce que vous allez en faire ? », demande-t-on au procureur. « Ben on pensait en prendre un chacun avec mes collègues et puis finalement on s'est dit non » se marre Jacques Dallest.

Les quatre tableaux avaient été volés en 2007 lors du braquage d’un musée de Nice. « Une vraie opération commando, estime Jacques Dallest. Juste cinq gars –alors que les tableaux, faut les porter tout de même- qui déboulent dans le musée un dimanche matin. »

Record
Moins d’un an après les faits, le SRPJ et l’office contre le trafic des biens culturels ont remis la main sur les toiles. Un record dans ce genre d’affaires, où les œuvres mettent généralement beaucoup de temps à refaire surface. « Le cas classique c'est le fils du collectionneur qui au moment d'hériter se rend compte qu'un de ses tableaux a en réalité été volé. », souligne Gilles Leclair, directeur adjoint de la PJ.

Pas du tout le cas ici : les flics ont fait ça à l’ancienne, avec informations, filatures et tout. Le parquet et la PJ restent d’une discrétion à toute épreuve sur le sujet. « Ca a été une coopération entre services et entre pays, note Jacques Dallest. Le FBI américain nous a transmis des informations très précieuses. »

Commandes
Car dans les vols d’objets d’art, la police travaille sur les deux bouts de la chaîne : les voleurs d’un côté, receleurs et acheteurs de l’autre. « Pour ce type de tableau il n'y a pas énormément de clients potentiels, détaille Gilles Leclair. Ils sont surtout aux Etats-Unis et au Japon. » Selon les policiers, ce genre de vol serait pour moitié le fruit de « commandes » de riches amateurs, et pour moitié le fait de braqueurs qui « saisissent une occasion » puis tentent de trouver un acheteur.

Or parmi les douze gars arrêtés à Marseille mercredi, il en y a plusieurs très connus dans le grand banditisme, notamment pour des vols à main armée. Les filant depuis plusieurs jours, la maison poulaga a décidé de leur sauter dessus quand il est apparu qu’ils transportaient les tableaux, chargés dans une fourgonnette, probablement pour les expédier à l’étranger.

Grenades
L’arrestation s’est faite en douceur, mais les policiers ont eu la surprise de découvrir sur leurs clients du matériel lourd : pistolets automatiques, grenades, brouilleurs radios embarqués dans les voitures… « Ce sont des gens très organisés », admire Gilles Leclair.

Dans une affaire de vol de bien culturel, les gardes à vue peuvent durer quatre jours. Procureur et policiers espèrent remonter toute la filière, identifier l’acheteur potentiel et déterminer s’il était ou non le commanditaire. Le vol ayant été fait à main armée, tout ce beau monde encourt jusqu’à 20 ans de prison, devant une cour d’assises.

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