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30/10/2006

Droit de réponse

Non content de poursuivre le récit de ses tribulations à 20 Minutes Marseille (dans le désordre : le jeu de mot qui tue et la photo paparazzi), Flo livre enfin ma réponse aux fielleuses accusations de Starsky. A écouter absolument pour tous ceux qui attendent impatiemment un 20 Minutes enfin délivré de ses oripeaux extrême gauchistes.

Perdant / perdant : célébrer ou ne pas célébrer un anniversaire

Les habitants du quartier, le procureur, le préfet... Tout le monde tombe sur le dos de la presse après l'incendie du bus qui a grièvement blessé la jeune Mama, samedi soir.

"A force de vouloir célébrer les anniversaires des émeutes, on crée des vocations", tance le préfet. "On a jamais eu d'incendiaires à Marseille jusqu'à présent. Ils ont dû s'inspirer des images des bus de la région parisienne", estime la RTM. 

Moi-même, en voyant notre une de vendredi (une photo de bus de la RATP cramé la veille), je me sens mal en pensant qu'il y a un risque pour que cette photo ait pu donner  des idées aux quatre types qui ont attaqué samedi soir.

Pour autant, comment pourrait-on ne pas parler des attaques de bus dans les banlieues ? Comment pourrait-on justifier qu'un an après les émeutes, on ne cherche pas à savoir si la situation a évolué ?

 

Raoul Duke, docteur en question d'éthique 

 

27/10/2006

Tu prends quoi ?

Dans notre grande série : "dans ce métier, il faut arriver à évoquer froidement des trucs graves, coco" :  

Un des grands problèmes de la locale Marseille est de gérer les évenutels doublons entre les sujets de nos pages locales et ceux des pages France, qui sont, elles, publiées dans toutes les éditions. 

Cela donne lieu à des batailles avec Stéphane, chef du service France (fou de foot, auteur d'un livre sur l'OM et accessoirement notre copain et patron à Starsky et moi-même, à l'époque où nous étions correspondants en région pour 20 Minutes).

Sur des sujets comme le Rainbow Warrior, les procès de l'OM, la grève à la RTM, d'un côté, il y a Marseille qui veut garder ses sujets pour pouvoir les traiter sous un angle local, de l'autre le service France qui veut aussi en parler "parce que la France a le droit de savoir".

Régulièrement, nous appelons donc France pour vérifier s'il y a pas un sujet d'actu qui risque de partir chez eux. C'est l'occasion de conversations qui heurterait sûrement les oreilles du profane. Dernier exemple en date, jeudi :

-Allô-bonjour-allez-l'OM...

-Salut poulet, je t'appelle parce qu'il y a une vague d'hystérie qui vient de frapper notre région. Je te donne le tiercé dans le désordre : deux collégiens de 13 ans écroués à Nice pour le viol d'une camarade,  un mec gravement blessé à coups de machette dans le Var pour une histoire de bagnole, et les condamnations pour évasion en Corse

-Aaah je vais prendre le viol

-Oui mais tu fais quoi dessus ?

-Ah bin on a pas beaucoup de place, une brève au maximum

-Oui mais moi là-dessus je fais un 710

-Alors s'il y a un doublon c'est pas grave

-Et je prends la machette aussi

-OK

-Ciao 

 

 

23/10/2006

Fonction d'agenda : le grand quizz

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Dans notre grande série "la presse ne vous dit pas ce qu'il faut penser, mais ce à quoi il faut penser", voici un petit jeu intéressant.

Soit une liste de sujets potentiels (20_MN_MRS_QCM.doc) que l'on doit traiter en deux pages (une page et demi, en fait) dans la rubrique Marseille de 20 Minutes, édition du 23 octobre 2006.

Sachant que l'on dispose d'un nombre limité d'emplacements, chacun avec sa taille (donnée ici en nombre de caractères, espaces compris) : 

-980 (avec photo)

-1065

-1500 (avec photo) + encadré 200

-900 + encadré 300

-710

-430

-quatre "brèves" de 300 chacune.

Que choisir, et sur quels critères ?

Ce matin, ça a donné 23-MAR-P2.pdf et 23-MAR-P3.pdf.

Défi : trouver les critères qui ont dicté nos choix, et dire si ces choix sont justifiés. 

 

Raoul Duke, docteur en tout le monde s'en tape de ce sujet, coco 

19/10/2006

Au fond, derrière le standard

Damned ! Flo est en stage chez nous depuis trois semaines et on vous a même pas raconté comment ça se passe : foncez sur sa rubrique Inside Man !

De notre côté, le plus grand motif d'étonnement est ses citations répétées de Bruce Willis dans Piège de Cristal...

Droit à l'image

Coup de fil hier suite au papier sur la santé des jeunes et les ravages des accidents de la route. Une mère, dont le fils de 22 ans est mort dans un accident de moto, et qui a reconnu dans la photo illustrant le papier le lieu et les circonstances du décès de son fils.

On ne sait pas s'il s'agit vraiment de lui (on avait choisi une photo prise dans les Yvelines pour éviter ce genre de problème), mais il y a là une vraie question d'éthique. Les accidents de la route ont lieu sur la voie publique où, normalement, le droit à l'image des passants est le plus limité.

A-t-on pour autant le droit de photographier des victimes d'accidents sans leur consentement ? D'un côté, comment le leur demander alors qu'elles sont souvent inconscientes ? Et si on ne prend pas ces photos, comment montrer la réalité des accidents de la route, qui ont tué 180 jeunes de 15-24 ans en Paca l'an dernier ?

La maman qui appelait hier était d'ailleurs tout à fait d'accord pour montrer des photos explicites d'accident dans ce genre de papier. C'est juste que là il s'agissait peut-être de son fils...

 

Raoul Duke, docteur en prévention routière 

06/10/2006

Concurrence déloyale

Dans une passionnante interview à Libé la semaine dernière le patron du Monde, Jean-Marie Colombani, essaye d'expliquer pourquoi il lance un journal gratuit après en avoir dit pis que pendre au moment du lancement de 20 Minutes et Métro.

Interrogé sur un risque de concurrence interne entre son gratuit et Le Monde, Colombani est formel : "regardez l'exemple de Marseille : Marseille Plus n'a pas enlevé de lecteurs à La Provence". Pourquoi donc avoir crié jusque-là à "la presse qu'on assasine", amigo ?

25/09/2006

Synergies

Le Monde veut lancer un journal gratuit. Il sera intéressant de voir s'il va créer des synergies entre ce gratuit et son édition payante. Les journaux américains, comme le Washington Post, l'ont déjà fait : au bas de l'article "Scandale du dopage dans le baseball" paru dans leur journal gratuit, ils mettent un encart "A lire aussi page 3 dans le Washington Post : un portrait du principal accusé".

Jusqu'ici, en France, ce genre de truc n'a jamais été tenté, alors que plusieurs groupes de presses locaux disposent d'un payant et d'un gratuit diffusés sur une même zone. Et après on se plaint que les gens ne soient pas attirés vers la presse payante...

24/09/2006

A périmètre constant

Une nouvelle fois, j'ai failli me flinguer après avoir écrit mon papier sur le financement du contrat de projet Etat-région (CPER).

Voilà typiquement le sujet super important (plus de deux milliards d'euros à répartir dans des investissements en Paca), et super-chiant à expliquer.

Chiant d'abord parce qu'à nouveau on est confrontés à l'enchevêtrement des responsabilités, des financements et des guerres de personnes entre Etat, région, départements, intercommunalités, communes et tutti quanti. Je me suis déjà suffisamment énervé là-dessus, passons.

Chiant aussi, et là c'est particulièrement vrai pour le CPER, parce que dans ce genre de sujet on peut faire dire n'importe quoi aux chiffres. Si le journaliste veut se faire une opinion par lui-même, il doit avoir un Bac+5 en compta et éplucher ligne par ligne les comptes de la région et de la préfecture.

Exemple jeudi : à 13h, le préfet réaffirme que la contribution de l'Etat au CPER est en hausse "à périmètre constant". Parce que dans le précédent CPER, l'Etat finançait aussi des routes. Tandis que là il ne les finances plus. Donc, routes déduites, le préfet assure que la contribution de l'Etat augmente de 30%.

Que nenni, répondent à 16h les p'tits gars du conseil régional !  Cette année l'Etat a enlevé les routes de son enveloppe, mais y a rajouté des crédits qui n'avaient rien à y faire (Ademe, Agence de l'eau etc.) "A périmètre constant", la part de l'Etat aurait baissé de presque 50% !

Qui croire ? Comme 99,9% des journalistes n'ont pas le temps d'ouvrir les livres de compte pour se faire leur propre religion, ils mettent les deux versions dans leur article. Au lecteur, qui a encore moins de temps qu'eux, de se démerder...

 

Raoul Duke, premier cycle en calculette 

 

PS : Le CPER n'en est pas moins un sujet passionnant notamment sur cette question : les dépenses d'ingénierie (les études pour construire un tunnel, une voie de chemin de fer...) peuvent-elles êtres considérées comme des investissements, et figurer au contrat de projet ? L'Etat semble estimer que non, mais en même temps il se plaint que beaucoups de projets n'ont pas fait l'objet d'études préalables et s'avèrent beaucoup plus long et/ou chers que prévus... 

Taiseux

Janvier 2007 devrait marquer le début de ce qu'on appelle "la période de réserve de l'administration" et qui peut aussi se résumer par "complications en vue pour les journalistes".

En clair : les administrations d'Etat, au premier rangs desquelles la préfecture, ne répondent peu, voire pas, aux questions des journalistes, parce qu'on approche d'une période électorale et que l'administration ne veut pas être accusée, par ses prises de position, de favoriser tel ou tel camp.

Avantage pour les candidats : ils peuvent à peu près dire tout et son contraire sans risquer de se faire démentir par une sortie cinglante du préfet.

Face à ça, les journalistes doivent donc avoir une bonne mémoire et / ou une bonne documentation pour pouvoir vérifier  rapidement déclarations, promesses, accusations et autres classiques des élections.

Pour les régionales de 2004, comme on venait à peine de lancer le journal à Marseille, ça avait été particulièrement compliqué. Mais maintenant que Starsky a tout bien rangé le bureau, ça devrait aller comme sur des roulettes, pour un test grandeur nature, du moins... 

15/09/2006

Sweat-shop

Pigiste ? Tout l'monde l'a été un jour ou un autre, coco. Et crois-moi, tu en passeras par là toi aussi, et plutôt deux fois qu'une !

Dans le monde chatoyant du journalisme, le pigiste  tend à prendre une place de plus en plus importante, pour ne pas dire majoritaire. 

Le pigiste est un journaliste indépendant, payé à l'article. Dans l'économie actuelle de la presse, les rédactions s'appuient beaucoup sur des pigistes, ce qui leur permet d'avoir un surcroît temporaire de main-d'oeuvre sans avoir à embaucher.

La pige sert aussi insidieusement de test sur le long cours, permettant de constituer un vivier de journalistes habitués à une rédaction pour le jour lointain où la direction financière donnera le feu vert pour embaucher.

Choc 

Inutile donc de dire que la pige fournit actuellement la grande majorité des emplois au sortir des écoles de journalisme, sans que les étudiants en aient vraiment été avertis*.

Combien de bleu-bites n'imaginant pas travailler ailleurs qu'au Monde ou au Canard Enchaîné se sont retrouvés pigiste à Management Magazine, le journal des cadres qui en ont une paire ?

Le choc est d'autant plus dur que la pige est une rude école. Il faut être tenace pour :

-arriver à placer ses papiers dans une rédaction

-ne pas se faire évincer par d'autres pigistes

-arriver à se faire payer voire -miracle- se faire rembourser ses frais...

D'autant que les rédacteurs en chef toléreront rarement d'un pigiste des choses qui ne leur feraient même pas lever un sourcil si elles venaient d'un titulaire. En vrac : article imprécis, mal anglé, obscur, mal titré, manquant de reportage, j'en passe...

Cool erreur 

A 20 Minutes Marseille, on en a vu défiler un bon paquet, de pigistes. Vu le nombre de CV dans nos archives, je dirais une trentaine facile. Etant d'anciens pigistes nous-mêmes (Starsky avec succès, moi beaucoup moins), on a commencé en étant très très cool.

Erreur ! Combien de "journaliste professionnels" sont venus nous proposer des sujets sans même avoir ouvert un exemplaire de 20 Minutes. Florilège vécu  :

-"ouais je m' disais qu'il y avait p'têt un papier à faire sur la propreté, parce qu'il y a un vrai problème de propreté à Marseille"

-"le truc c'est que ce sujet il faut vraiment le traiter en 15 000 signes minimum, sinon c'est gâché"

-"Laurent Gerra est au Pasino ce soir, si vous voulez je peux vous faire un papier"

Et je ne parle pas du gars qui passe son premier coup de fil à la rédaction depuis son portable, en pleine rue, un jour de mistral, pour vous demander s'il n'y aurait pas du travail pour lui.

Tout ça pour dire que le bon pigiste est aussi rare et s'attend presque aussi longtemps qu'un plombier en URSS. Dès lors, quand vous tombez sur des gens qui ont des idées de sujets passionnantes, qui ont compris le format du journal, qui écrivent bien et qui en plus sont sympas, vous tombez à genoux et vous remerciez Jésus.

Nous, on en a trouvé cinq, et qui en plus sont capables de nous remplacer au pied levé si on tombe malades ou si on a subitement besoin de longues vacances pour, au hasard, enregistrer un quatre titres.

Leurs noms apparaissent de temps à temps, comme ça, de manière fugace. Et si le journal sort au jour le jour, c'est aussi grâce à eux.

 

Raoul Duke, directeur de plantation


*Quelques écoles de journalisme -dont celle de Marseille- ont réagi et proposent à certains de leurs étudiants (pas tous, hélas) des cours pour apprendre à travailler en tant que pigiste.

La pige n'a d'ailleurs pas que des mauvais côtés puisqu'elle permet, quand on a constitué un réseau solide :

-de choisir les sujets qu'on veut traiter

-de varier les plaisirs en travaillant dans plusieurs journaux

 

 

11/09/2006

Don't hate the media

En plus de nous faire découvrir que les aventures de Starsky et Hutch ont autant de public qu'une radio locale, nos collègues de Nantes lancent un débat passionnant sur la frontière entre blog et journalisme.

(Et non je ne fais pas ce trackback pour faire mousser ma substantielle participation au débat)

06/09/2006

Pudeur

Un "senior journalist" marseillais est mort hier. Par respect pour sa famille et pour ses collègues, toute la presse locale attend quelques jours avant de donner l'info. C'était la chose à faire. Mais aurait-on une telle sollicitude s'il ne s'agissait d'un confrère ?

01/09/2006

Parlez-moi de contenu

Grand double page vendredi dans Le Monde sur la presse quotidienne nationale (payante, faut-il le préciser...) et "les raisons d'une crise très française".

Ce papier très intéressant reprend plusieurs des grands problèmes de la presse françouse : prix de l'impression, disparition des points de vente, essor de la presse spécialisée, Internet, j'en passe...

Ce qui est tout aussi passionnant, c'est de voir les problèmes dont cet article ne parle pas, et notamment ce qui fait la première force ou faiblesse d'un journal : son contenu.

Aucune analyse sur les volte-faces politiques, les partis-pris économiques, les compromissions culturelles et j'en passe aussi, de nos grands quotidiens nationaux.

Au passage, notons qu'après avoir brocardé sur tout les tons les journaux gratuits, Le Monde, qui imprime déjà une partie de l'édition Paris de 20 Minutes, s'apprête à lancer un gratuit avec le groupe Bolloré et le réseau Ville Plus, sûrement en se bouchant le nez.

Là aussi, sur ce virage à 180° - double loop et salto piqué avec grand écart facial à la réception, pas une explication.

Dernière info intéressante : dans le quinté des ventes en 2005, Le Parisien-Aujourd'hui, journal payant d'information générale, arrive en tête avec 500 000 exemplaires vendus chaque jour, en hausse de 11% en dix ans.

L'Equipe est juste derrière avec 341 000 ex. Si on totalise la diffusion des sept quotidiens nationaux payants d'information générale, on dépasse 1,4 millions d'exemplaires par jour.

Formatage

Pourquoi la plupart des scribouillards qui sortent des écoles de journalisme aujourd'hui ont-ils fait Science-Po (ou, comme on dit vulgairement, un "institut d'études politiques") ?

Parce que rien n'est plus pratique pour faire ce métier coco : science-po t'apprend à pouvoir parler de n'importe quoi, je dis bien n'importe quoi, y compris donc des trucs dont tu ne sais quasi rien, avec le détachement et la répartie du mec qui a déjà pas mal bossé sur le sujet.

Cette habileté vaut aux étudiants de science po (parmi lesquels votre serviteur) un surnom de "science pipeau" pas totalement usurpé. Mais il faut reconnaître que ce don est fort utile dans le boulot de journaliste.

Non pas qu'on fasse semblant de savoir quand on ne sait pas, mais il nous arrive souvent d'être confronté à des spécialistes dont on veut absolument recueillir l'avis et dont on sent qu'il ne daigneront parler que si l'on montre qu'on maîtrise un tant soit peu le sujet. Et quand on a pas eu le temps de préparer, il faut improviser.

Or donc, le jeune padawan qui voudrait se lancer dans le journalisme s'entendra souvent répondre "aaah il faut faire science po" par son conseiller d'orientation (quand ce n'est pas "mais c'est un métier bouché, vous n'y arriverez jamais !", ce qui est une autre histoire...). Autre avantage : les concours d'entrée à science po et en école de journalisme se ressemblent beaucoup, ça aide aussi.

Au final, Science po récupère les djeunes qui ont leur vocation de journaliste de manière très précoce. Désavantage : ils ont tendance à truster les places en école de journalisme, ce qui donne des promotions assez formatées...

20/08/2006

Devoir de vacances

Réflexion du VRAI Raoul Duke, alias Hunter S. Thompson, dans son livre-reportage Hell's Angels*

 "Le Times [New York Times, un des deux quotidiens de référénce aux Etats-Unis, avec le Washington Post] n'est ni écrit ni publié par des imbéciles. Il suffit d'avoir bossé plus de deux mois dans un journal pour savoir que l'histoire la plus délirante peut faire un papier sensationnel, avec un minimum de précautions techniques évitant au journal tout procès en diffamation en lui garantissant pourtant simultanément tout l'impact souhaité sur le lecteur.

"Cette technique s'appuie sur quelques mots-clés, dont "présumé" est le principal, et quelques expressions astucieuses, à savoir : "untel a déclaré" ou "prétendu", "on rapporte" et "selon les dires de... "

[...]

"Résultat : un papier bâclé à l'emporte-pièce, journalisme sensationnaliste, minable boulot de pisse-copie qui n'aurait pas suscité le moindre intérêt s'il n'était paru dans la plupart des journaux américains... Seulement, tout ce que publie le Times est assuré d'un impact garanti sur mesure, même si c'est faux en substance.

"Et avec cet article, le Times a donné un cachet d'authenticité à une histoire n'étant rien de plus qu'une anecdote délirante utilisée à des fins politiques". 

Exercice : remplace dans ce texte tout les mots "Times" par des noms de grands quotidiens français.

*Hunter S. Thompson, Hell's Angels, éd 10-18 

11/07/2006

Pendant ce temps, à OK Corral

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Alors que l'Inde est à feu et à sang, que l'Irak est englué dans la guerre civile et que Israéliens et Palestiniens s'entretuent à Gaza, je pars en reportage au parc d'attractions OK Corral pour les page "été" de 20 Minutes Marseille. Après un an passé à couvrir les sans-papiers, les plans sociaux, les mal-logés, on a un peu le droit à s'aérer les neurones coco mais, tout de même, je me sens coupable...

(Photo Grégoire Bernardi) 

02/07/2006

J'ai fait un rêve

Parce que ouais dans l'journalisme, il nous arrive de rêver, coco. J'ai fait un rêve où on recevrai les dossier de presse AVANT les conférences de presse, pour pouvoir prendre le temps de les étudier en détail et poser des questions encore plus pertinentes (si tant est qu'elles le fussent jusque-là).

Et puis j'ai aussi révé d'un monde où on aurait le temps de faire des VRAIES pré-enquêtes avant de lancer un sujet, où l'on pourrait dire à not' réd-chef "je pars enquêter une semaine j suis p'têt sur kék' chose mais je suis pas sûr que ça va déboucher sur un papier". Puis un monde où y aurait pu la guerre, non plus...

04/06/2006

Le journalisme, art séquentiel

Vois-tu coco, quand tu es à la fac, on te dis souvent "votre travail là ce n'est pas une étude universitaire, jeune homme, c'est du journalisme". Oubliant un peu vite que les sciences sociales "consistent souvent à enfoncer scientifiquement des portes ouvertes" (dixit mon prof de sociologie), nombre d'universitaires considèrent le journalisme comme un sous-travail intellectuel.

Dans le même mouvement, les littéraires considèrent la BD avec mépris, concédant à peine que "grâce à Goscinny/Christin/Moore (biffer la mention inutile) la BD s'est elevée au niveau du roman".

Le mariage de la BD et du journalisme devait donc logiquement enfanter d'un monstre de légèreté, de nombrilisme et de voyeurisme. Eh bien que nenni ! Depuis dix ans maintenant, la veine du journalisme en BD est de plus en plus vivace, avec ses reportages, ses enquêtes, ses éditos, ses témoignages.

Pour ceux qui voudraient en avoir la preuve, quelques titres :

-Palestine, de Joe Sacco : le pape du BD-journalisme raconte la vie dans les territoires occupés (reportage, éditions Vertige Graphic) 

-Noir Métal, de Jean-Luc Loyer et Xavier Bétaucourt : enquête parmi les anciens de l'usine Metaleurop (reportage et enquête, éditions Delcourt)

-Flag de Chauvel et Le Saëc : la vie d'une équipe de la brigade anti-criminalité (docu-fiction, éditions Delcourt)

-Garduno, de Philippe Squarzoni : réflexions d'un militant altermondialiste (témoignage et édito, éditions Les Requins-Marteaux)

-Pilules Bleues, de Frederik Peeters : la vie d'une famille recomposée où la mère et son fils sont séropositifs (témoignage, éditions Atrabile) 

 Cerise sur le gâteau, la plupart de ces auteurs se mettent eux-mêmes en scène avec autodérision, ce qui tranche agréablement avec les habitudes des universitaires, littéraires et autres journalistes "old school".

Raoul Duke, docteur en BD deux pages et demi 

 

13/05/2006

Tout dans les urnes, rien dans les ?...

Election en ce moment des délégués à la commission de la carte d'identité des journalistes professionnels. Jetez un oeil sur les professions de foi des candidats : c'est un moyen intéressant de voir les questions qui se posent -et celle qui ne se posent pas- dans le milieu du journalisme professionnel aujourd'hui.

Politico-médiatique

Ce petit coin d'affaire Clearstream est idéal pour te parler du phénomène de nombrilisme politico-médiatique. Parce que tu vois, coco, le pouvoir de la presse, c'est pas de te dire ce qu’il faut que tu penses, mais te dire ce à quoi il faut que tu penses.

Clearstream donc. A la base, Cleastream est un genre de banque, accusée de servir à de gigantesques opérations internationales de blanchiment. Par la suite, plusieurs hommes politiques français se retrouvent injustement accusés par un corbeau d’avoir bénéficié des services de Clearstream. Qui a tenté de salir ces gens ? Et pourquoi ?

A première vue, les deux affaires valent un papier. Mais valent-elles tant de papier que ça ? Sur la semaine qui vient de s’écouler, le deuxième volet de l’affaire Clearstream n’a pas quitté la une des quotidiens (20 Minutes compris, d’ailleurs). Le premier volet de l’affaire, qui est tout de même autrement plus grave, n’est jamais évoqué qu’en passant, comme une incidence.

Le sociologue Emmanuel Todd, inventeur du concept de fracture sociale, a très bien analysé cette situation dans une interview à Libération (12/5/6) : « il existe un système politico-médiatique qui perd, me semble-t-il, de plus en plus prise sur la réalité. Un autre exemple de ce décollement est la façon dont la présidentielle de 2007 est présentée comme un affrontement inévitable entre Royal et Sarkozy, ce qui ne correspond nullement à la structuration profonde des forces politiques et sociales en France aujourd’hui. De la même façon, je suis persuadé que la compréhension des activités régulières, légales, de Clearstream, serait plus éclairante sur la réalité sociale que les détournements qu’en aurait fait tel ou tel ».

Mille fois merci Manu. Reste à trouver des hommes politiques et des journalistes qui aient le courage de faire, ça, et la façon de le décliner à l’international, au national, et en locale.

Raoul Duke, docteur en « on vous cache tout, on vous dit rien »

25/04/2006

Jeune, lis la presse !

Dans le supplément ado du Soir d’aujourd’hui (12 pages dont 2 sur Jo), un débat sur “la royauté est-elle vraiment utile à la Belgique ?” qui se termine par ces mots : “Il n’y aucun contrôle démocratique sur les opinions du Roi”. A quand un débat sur la nécessité d’une VIe République et la destitution de Chirac dans le supplément ado du Monde ?

24/04/2006

Anonymes

Dans les comptes-rendus de manifestations commémoratives on lit ou on entend souvent parler “d’anonymes”. Perso ça me choque particulièrement : faut-il être forcément une célébrité pour avoir un nom qui mérite d’être imprimé dans le journal ? Ne peut-on pas parler tout simplement de “citoyens” qui manifestent, puisque le droit de se rassembler et de défiler est un des premiers droits démocratiques ?

Kultur club

A la une du supplément “Culture week-end” du Soir, le premier quotidien francophone belge : “Le retour des Red Hot Chili Peppers, enfants parfaits du rock”. C’est pas dans Le Monde qu’on verrait ça !

12/04/2006

The One million dollar men

Ce petit coin de blog est idéal pour te parler d’un phénomène classique, coco : l’emballement médiatique. Aucun journal n’y échappe, 20 Minutes pas plus qu’un autre, il ne s’agit donc pas ici de flinguer quelque confrère que ce soit.

Dernier exemple marseillais en date : les détournements de fonds à la RTM.

Premier acte : un quotidien régional sort un grand titre de une sur « Un million d’euros détournés à la RTM, trois agents écroués ». En pages intérieures, l’article est titré « Des agents de la RTM auraient détourné un million d’euros ». L’article précise qu’un audit a révélé à la RTM un déficit d’encaissement d’un million d’euros, mais ne dit jamais que les trois agents sont suspectés d’avoir détournés seuls, à eux trois, un million d’euros (le titre porte bien sur « des » agents).

Deuxième acte : agences de presse et radios se focalisent toute la journée sur le titre et le sous-titre de l’article et annoncent « Trois agents suspectés d’avoir détourné un million d’euros », sans faire état des zones d’ombre qui apparaissent à la lecture de l’article. Les rédactions en chef (20 Minutes inclus) sonnent le branle-bas de combat.

Troisième acte : le parquet de Marseille et la direction RTM martèlent ce qui figure déjà en filigrane dans l’article : le million d’euros est un total de sommes non encaissées, il faut encore faire le tri entre vraies erreurs d’encaissements et détournements, les trois personnes écrouées ont détourné bien moins qu’un million d’euros. Ça n’empêche pas plusieurs médias de continuer à lancer le sujet en disant « Un million détournés par trois agents » quitte à envoyer derrière les mises en garde du parquet ou de la direction de la RTM

Quatrième acte : le lendemain, le quotidien régional publie un nouvel article annonçant que 15 autres agents devraient bientôt être entendus mais que les détournements reprochés aux trois écroués ne porteraient finalement « que sur quelque 100 000 euros ». La précision passe globalement inaperçue. Le lecteur, téléspectateur et auditeur devra se contenter de l’info choc « trois personnes détournent à elles seules un million d’euros à la RTM ».

09/04/2006

Lexique, volume 1

Avant d'être un lieu de tournage pour le remake 2006 de la tuerie du bar du Téléphone, le marronnier c'est aussi un genre journalistique à part entière, coco.

Marronnier (n.m. - journalisme) : sujet qui revient chaque année à date fixe et que les journalistes ne savent plus comment traiter, à force. Généralement refilé aux stagiaires ou aux CDD. Ex : la Toussaint, le 11 novembre, la remise de chèque à l'amicale bouliste

05/04/2006

The real Raoul

Fine remarque du VRAI Raoul Duke, docteur en journalisme, aussi connu dans certains milieux sous le sobriquet de Hunter S. Thompson (son âme repose en paix):

"Si j'avais raconté toutes les vérités que j'ai apprises ces dix dernières années, plus d'un demi-millier de personnes -moi compris- pourriraient  aujourd'hui en prison, de Rio à Seattle. La vérité absolue est un produit très rare et très dangereux dans le contexte du journalisme professionnel."

in La grande chasse au requin, collection "Etranger", éditions 10/18, pas cher si tu le trouves chez un bon bouquiniste, coco (même pas 10 € neuf, une affaire j'te dis!) 

La dèche

Il y a des jours comme ça où tous vos papiers tombent à l'eau. Hier ça a été pour moi. Je me lançais sur deux sujets environnements bien lourds : les usines de méthanisations prévues par le plan départemental de gestion des déchets, et les suites de la fuite survenue à la raffinerie de La Mède en août dernier.

Plein d'allant, je fonce me disant c'est du lourd coco, deux sujets qui font des têtes de pages, voire des pages complètes !

Et puis pschit, en deux ou trois heures, tout sombre. Les interlocuteurs clés (justice, élus, administrations) sont en vacances, pas là aujourd'hui, ou pire, ne souhaitent pas s'exprimer. Je me retrouve sans sujet à écrire en tête de page pour le lendemain, me rabats sur les autres papiers ventre et pied de page, me sens inutile...

Bien sûr ça n'est que partie remise. Et dès hier soir peu avant le bouclage j'ai eu des infos qui m'ont grandement fait avancer sur ces deux papiers. Mais tout de même, dans ces moments-là tu touches les limites de la fonction, coco, et tu sens combien tu es dépendant de tes sources...

Raoul Duke, docteur en articles au long-court (1500 signes espaces compris)

Dixit

Toujours sur la vérité dans le journalisme, une citation à graver en lettres d'or sur la cheminée de ma salle :

"Un journaliste ne doit rien croire de ce qu'on lui dit, la moitié de ce qu'il voit, et tout ce qu'il écrit"

Je ne me souviens plus qui l'a sortie celle-là, coco, c'est tellement beau et pompeux à la fois, ça pourrait être du Lazareff...

03/04/2006

La vérité !

Lolive demande si les journalistes étaient au courant des magouilles de Tapie. Vaste question à laquelle j'ai du mal à répondre. A cette grande époque, j'écrivais des articles pour le journal de mon lycée et je n'étais même pas sur Marseille.

Apparemment il y avait au moins une certaine mansuétude de la presse envers Nanard. Un confrère vieux de la vieille m'avait raconté l'histoire d'une pleine page de pub achetée dans Le Provençal par plusieurs journalistes qui voulaient souhaiter un bon anniversaire à Tapie... Je ne sais si l'histoire est vraie ou pas : j'ai jamais réussi à mettre la main sur le numéro en question.

Après il y a aussi la différence entre avoir entendu parler de chose et pouvoir les prouver : pour sortir des "affaires" il faut enquêter, vérifier ses infos, ça prend du temps. Et quand on voit que les enquêtes judiciaires, qui disposent d'autrement plus de moyens que les enquêtes de presse, peuvent mettre plusieurs années à aboutir, on comprend que c'est pas facile.

C'est pour ça que j'ai toujours un pincement quand j'entends nos stagiaires (un ou deux d'entre eux en tout cas) nous dire qu'ils ont choisi le journalisme "pour dire la vérité". C'est pas dire la vérité qui est dur, coco, c'est avoir la vérité !

Raoul Duke, docteur en investigations faisandées

 
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