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17/03/2006

Où Rouletabille disserte de la séparation sport / informations générales

Vous aurez sans doute remarqué qu'à de rares exceptions près (Libé, par choix, L'Equipe, par nécessité) les journaux traitent le procès des transferts suspects de l'OM dans leurs pages "informations générales" plutôt que dans leurs pages "sport". 20 Minutes Marseille n'échappe pas à la règle.

A la locale, on ne s'est même pas posé la question. Pourtant il y a matière à débat : l'argent douteux, le dopage, la tricherie, la violence dans les stades (matches pro ou amateur) ça fait partie du sport. Ne pas traiter ces sujets dans l'endroit du journal où l'on parle tous les jours de sport, ça peut  entretenir l'illusion du sport propre (si tant est qu'elle existe encore, mais c'est un autre débat).

Cette séparation nette du "sport" et du faits divers sportif est profondément ancrée dans les rédactions et parmi les journalistes des deux rubriques. Au début de sa glorieuse carrière, votre serviteur a ainsi vu un journaliste sportif menacer un entraîneur de foot "de balancer l'info aux faits-diversier" s'il ne calmait pas ses joueurs les plus violents. Il n'était même pas venu à l'idée du confrère qu'il pourrait écrire lui-même le papier, tant la mention du "faits divers" fait peur au sportif.

Raoul Duke, docteur en journalisme 

16/03/2006

A l'heure du doute

Je m'en veux. Lundi soir je n'ai pas cité dans mon papier le procureur de Marseille Jacques Beaume qui disait que les réquisitions "tiendraient compte du rôle social de l'OM" à Marseille.

Au début ça m'a paru être une évidence. Dans tout procès, on essaie de demander une peine qui prenne aussi en compte l'impact qu'aura la condamnation sur l'entourage du condamné. En l’occurrence pour l'OM, on parle de toute la ville, de son identité. Est-ce qu'il y a un club de foot en France dans lequel la mairie s'implique autant (au point de reprendre la gestion de l'OM en 1995 après le dépôt de bilan causé par Tapie) ?  Un club dont les associations de supporters se sont vu, il y a quelques années, proposer un partenariat par l'Etat au vu de leur succès dans "l'insertion des jeunes". Beaume ne fait que dire une évidence.

Et en même temps, comme l'écrit Michel Henry dans Libé, est-ce qu'on juge avec France Football posé sur le code pénal ? Je ne sais plus quoi penser, en tant que journaliste et en tant que citoyen.

Oh, Vincent !

Copyright Vincent Turbeaux et 6e ch. corr. TGI Marseille 2006 :

« Courbis est en train de s’échauffer il va entrer sur le terrain » Turbeaux pour appeler Courbis à la barre

« Il y a des fois où je ris quand je lis les dépositions »

« Vous avez fait la même chose, vous allez pas leur cracher dans les bottes » Turbeaux à Roussier, sur les conditions de transferts à l’OM et aux Girondins de Bordeaux

« Expliquez ça à quelqu’un comme moi qui se borne à poser ses fesses sur un fauteuil de stade »

 

« Pour la première fois de ma carrière, cette année, j’ai eu un gars qui m’a dit « oui, j’ai piqué dans la caisse » » Turbeaux parlant d’une ancienne affaire

 

« Sur le transfert d’Ibrahim Ba, on croit rêver : tout le monde palpe de partout »

 

« Ça fait deux fois que vous passez les plats » Turbeaux à d’Onofrio sur les rétrocessions de commission

« Si vous ne faites pas la nounou d’un joueur quelque part en Europe cet après-midi, restez avec nous, ça va être intéressant » Turbeaux à d’Onofrio

Vainqueur toutes catégories

La palme d'or de la quatrième journée d'audience est attribuée à... Licio d'Onofrio pour sa réplique-culte « pour la Suisse, c’est pas occulte ! » à propos des commissions versées pour le transfert d’Ibrahim Ba.

(Copyright Licio d'Onofrio et 6e ch. corr. TGI Marseille 2006)

Oh, Rolland !

Copyright Rolland Courbis et 6e ch. corr. TGI Marseille 2006 :

« L’OM est un club où il est très difficile de jouer et de s’adapter »

« Je veux savoir si dans mon vestiaire il y a un équilibre financier, parce que les joueurs se parlent et s’ils ne se parlent pas, leurs femmes se parlent. Et s’il y a un déséquilibre financier, on va le retrouver sur le terrain » Courbis, sur le salaire de ses joueurs

« Je vais laisser ma modestie habituelle de côté »

« Dugarry, je sais qu’il loge à l’hôtel et qu’il prend 2-3 kg avec les tapas : j’ai pas besoin de l’appeler pour savoir qu’il est transférable » Courbis sur la situation de Dugarry au Barca

« Dans une négociation, je ne sais toujours pas la différence entre un argument commercial et un mensonge »

« Ce que vous faites me passionne beaucoup : mon boulot aussi c’est de deviner la stratégie de l’adversaire » Courbis au procureur

« Je suis assez dépensier »

« Vous pouvez quand même me remonter un peu le moral et reconnaître que rien n’est établi sur le transfert de Ravanelli et Dugarry ! » Courbis au président Vincent Turbeaux

15/03/2006

Dix minutes de pause

Suspension d’audience : Roussier discute avec son avocat puis fait les cent pas dans le tribunal, les yeux rivés au sol.

Assis derrière, d’Onofrio évoque avec Louis-Dreyfus les plus beaux penalties obtenus par Ravanelli « ah non il était pas tombé, tu te rappelles pas ? Il avait vraiment été crocheté dans la surface ! ».

Sur le banc de touche

A tous points de vue, le procès de l’OM est vraiment hors normes : salle grande et lumineuse, micros qui marchent, rétroprojecteurs. Un confrère de l’Est Républicain, en connaisseur : « on se croirait au procès Papon ! ».

Les policiers de garde, avenants, sont, eux, limite blasés : « vous savez, j’ai fait le procès OM-VA, puis tous les grands voyoux, je suis habitué… ».

Challengers

Procureur et prévenus ne sont pas mauvais non plus au jeu des petites phrases :

le procureur Marc Cimamonti à Roussier : « Miggliaccio (agent de Laurent Blanc ndlr), au moment où vous finalisez le transfert, il comparaît pour le premier procès des comptes de l’OM. Ca ne vous pose pas un problème ? Ca ne vous amène pas à prendre des précautions ? » Roussier : « Ma priorité c’est d’avoir Blanc. Si je dois dire que Blanc ne vient pas à l’OM parce que son agent c’est Miggliaccio, je ne sors plus de mon bureau ! »

« c’est un des mystères de l’OM » Roussier à propos d’une facture dont il a interdit le paiement, et qui a été payée quand même

« se battre contre le fisc, c’est comme jouer à 9 contre 11 » Rolland Courbis

« quand Sony Anderson nous met un but qui nous prive de coupe d’Europe, je ne me demande pas si c’est un abus de biens sociaux, je me dis que c’est un tir du droit en pleine lucarne » Rolland Courbis

« je sais reconnaître quand un dossier d’accusation a des lacunes, je suis un grand garçon » le procureur Marc Cimamonti

« ces documents puent le faux et la manipulation, je ne les utilise même pas dans mon réquisitoire définitif » le procureur Marc Cimamonti

Turbeaux for president

David, chroniqueur judiciaire à La Marseillaise, m’avait prévenu : «Turbeaux est vraiment excellent : il connaît ses dossiers sur le bout des doigts, tient parfaitement l’audience et a un super humour ironique ».

Et c’est peu de le dire : tout en restant avenant, le président de la 6e chambre correctionnelle, qui juge les transferts de l’OM, ne lâche pas ses prévenus, quitte à les tacler rudement quand, David dixit, « ils mentent et que c’est trop éhonté ».
 
Florilège de Vincent Turbeaux, mon nouvel idole :
 
-« Bonjour et bonne semaine à Marseille ! » lance-t-il à l’ensemble de la salle pour la première journée d’audience

-« Comme dans les poèmes de Rimbaud, il est midi, l’heure de se réveiller. L’audience est suspendue jusqu’à 13h30 »

-« Déjà agent de joueurs ça me tente, mais là entraîneur c’est encore mieux », quand Courbis lui parle de son salaire

-Robert Louis-Dreyfus maintient que l’OM n’a pas perdu d’argent sur le transfert de Laurent Blanc. Il a été engagé pour 2, 5 millions de dollars, revendus trois millions deux ans plus tard, « donc on n’a pas été lésé ». « Ah d’accord vous voyez ça sur le long terme » sourit Turbeaux

-« la loi de 2004 qui donne aux sportifs un droit sur leur image tombe un mois et demi après que la Cour de cassation ait dit le contraire »

-« Monsieur Thiriez se fera un plaisir de revenir, il adore Marseille » aux avocats qui lui demandent de faire témoigner le président de la Ligue

-« quand je pense que je fais mes photocopies ! » à Roussier qui lui explique avoir fait la déclaration d’impôts de Ravanelli et lui avoir acheté ses machines à laver

-« vous ne pouvez pas demander des instructions clôturée rubis sur l’ongle, il ne nous resterait rien à débattre et vous rien à dire » aux avocats des parties civiles (dont l’OM ndlr) regrettant que les joueurs n’aient été ni poursuivis ni interrogés pendant l’enquête

-« normalement en voyant ça, vous devez avoir les pieds au plafond pendant deux heures ! » à Roussier à propos d’une facture adressée à l’OM par un agent

-« à la 6e chambre (qui juge surtout des affaires financières ndlr), on apprend à ne s’étonner de rien »

-« IAM (société immatriculée au Liechstenstein ndlr) c’est votre portefeuille pour défiscaliser à mort, d’accord. Mais le problème c’est que l’OM aussi le sait » à Licio d’Onofrio sur le transfert de Ravanelli

-« vous lui avez montré des photos de Marseille : la Canebière, Notre-Dame-de-la-Garde… C’est pas comme s’il signait un contrat avec Göteborg ! » à Roussier à propos du transfert de Ravanelli

-lisant des extraits de comptes : « moi j’ai confiance dans les banques suisses… En plus vous êtes coquins : vous mettez les sommes en francs suisses, ça fait moins gros »


 
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