Avertir le modérateur

12/09/2008

Pourquoi tant d'encre ?

Rencontre jeudi matin avec l'avocate de Fatna, mère adoptive du petit Mohamed. Me Picard-Dabée estime que cette affaire "relève d'un grand concours de circonstances" qui aurait pris des proportions démesurées. La thèse peut étonner, elle n'en est pas moins fondée.

Primo, il faut se rappeler de la chronologie de l'affaire : le petit garçon est retrouvé errant tout seul le 5 août, période à laquelle il y a peu ou pas d'actu nationale. Condition sine qua non, à mon sens, pour que cette histoire ait un énorme retentissement.

front-34-image-251672.jpeg

 

Deuxio, les thèse envisagées par la presse : quand on apprend que Mohamed n'est pas le fils biologique de Fatna, tout le monde pense à une adoption réalisée uniquement pour toucher plus d'allocs.

La question se pose -le parquet l'a creusée- mais si elle s'était vérifiée, aurait-ce  pour autant été l'affaire du siècle ? Loin de là, au regard de l'éventuel péjudice pour la CAF.

La police a démantelé l'an dernier en Paca des réseaux de faux allocataires, dans des hôtels meublés ou au sein d'entreprises, une dizaine d'affaires pour un montant total dépassant 1,5 million d'euros. Rien à voir avec les alloc versées pour un enfant de deux ans.

Harcelé de questions sur le petit Mohamed, le parquet finit par faire une conférence de presse. Le procureur Jacques Dallest traîne les pieds : "Vous avez pas mieux à faire ? Il y a pas d'autres choses dans l'actualité ?" lance-t-il, moitié-sérieux, moitié-plaisantant, aux journalistes en arrivant dans la bibliothèque-salle de presse du tribunal.

Tout au long de la conf', le procureur martèle qu'il reste beaucoup de zones d'ombre. "La difficulté, c'est de ne pas surdramatiser", tempère-t-il. En sortant, plusieurs confrères sont déçus. "Ca se dégonfle, cette affaire."

article_photo_1220704036728-1-0.jpg

Tertio, le choc des photos. Comparons les deux images actuellement disponibles du petit Mohamed. La première, la plus connue, a été prise quand sa mère était encore recherchée. On voit Mohamed pleurant, hurlant, le visage tordu de tristesse. Depuis vendredi, une nouvelle photo est disponible, fournie par Fatna. Lisez un même article après avoir vu une photo, puis l'autre, l'effet est saisissant.

Au final, on a effectivement une affaire qui a pris plus d'importance qu'elle ne devrait en avoir. Parce qu'une mère qui aurait adopté un enfant juste pour toucher des allocs, c'est plus romanesque, plus illustrable, plus émotionnel, que des fraudes à grande échelle commises par des comptables dans des entreprises.

Nous autres journalistes (moi compris) sommes en train de tuer notre métier en cherchant toujours l'histoire la plus simple et la plus directe. Le goût des lecteurs pour ce genre d'histoire est complice du meurtre.

 

Raoul Duke, apprenti Détective

 

(Photos AFP)

30/08/2008

Nous venons déjà de frôler l'incident...

La visite de MAM a d'ailleurs failli être le théâtre d'une tragique méprise. Ministre oblige, la maison poulaga avait mis les petits plats dans les grands niveau sécurité à la cité Félix Pyat : tireur d'élite du GIPN sur le toit, policier flashball à la main, collé à la ministre, nuée des gars de la BAC en civil tout autour*.

Devant le déploiement de force, je charrie un peu Rémy, de Rue 89, qui porte toujours un badge RESF sur son sac, sur l'air de "tu vas te faire arrêter avec ça".

La visite commence, Rémy et moi restons dans le premier cercle autour de MAM, pour essayer d'entendre ce qu'elle dit.

Fin connaisseur de la police, Ian, photographe de Réa, est un peu en retrait, là où les flics discutent à radio ouverte, sans risque de gêner la visite.

Alors qu'on poireaute au pied d'un immeuble, Ian se dirige vers Rémy :

-Tu sais que t'as failli te faire arrêter !

-Ah bon ?

-Ben oui tout à l'heure à la radio ils disaient : "Y à un badge RESF ! A côté du chauve !" Heureusement il y en a un qui a dit : "C'est bon, il est "presse"."

Sur le coup, on a bien rigolé en imaginant ce qui ce serait passé s'ils n'avaient pas vu nos badges presse. Quelques jours plus tard, avec le recul, j'ai un peu moins rigolé.

 

Raoul Duke, journaliste bobo gauchiste

 

*Dont un très discret équipé de son revolver de service dans son holster, tonfa dans la poche arrière, radio, gilet pare-balles, le tout recouvert par un T-shirt histoire qu'on ne voie rien.

 

22/08/2008

Ici Londres

"Je relisais le télégramme : "Rentrez à Paris".

"C'était une idée de mon journal. Chacun sait que, les journaux ayant des idées sur tout, il faut se garder de discuter les idées de son journal, principalement quand elles sont accompagnées d'un chèque en bonne forme."

Albert Londres, Dans la russie des soviets, 1921

21/08/2008

Le bonjour d’Albert

Quand j’ai dit à Starsky que j’avais enfin lu Albert Londres en profondeur et que c’est génial, elle a poussé le soupir de ceux qui l’ont toujours dit mais que l’on avait jusque-là pas assez écouté. En effet, au bout de dix ans de carte de presse, l’oubli était plus que coupable, presque criminel.

Car, campé au beau milieu des années folles, Londres est ce que le journalisme devrait toujours être, même s’il ne l’est quasiment* plus : une ode au long reportage et au vagabondage, où tout peut faire un bon papier. Un mois à Cayenne pour une critique assassine du bagne, six mois à sillonner l’Hexagone pour décortiquer son système psychiatrique, tout un tour de France dans la roue des cyclistes professionnels. Et à chaque fois un rédacteur en chef qui dit «allez-y ».

Dans plusieurs de ses articles, notamment Chez les fous quand il tente de se faire interner, ou dans Marseille, porte du Sud quand il part à la rencontre du grand chef du trafic d’opium, Londres développe en plus une forme de reportage déjanté qui préfigure étonnamment le gonzo-journalisme de Hunter S. Thompson : le reporter devient personnage et acteur principal de l’article, on ne sait plus où est la réalité et où est la fiction, le tout lié par un solide sens de l’humour.

Pour ceux qui voudraient se frotter au maître, la BMVR dispose de pas moins de 25 exemplaire de ses œuvres. Pour ceux qui trouveraient rayonnage vide (notamment suite à mes emprunts), Au Bagne, une des plus grandes œuvres de Londres, est disponible ici au format pdf.

Raoul Duke, docteur en journalisme


*A part quelques magazines de grand reportage comme le New Yorker ou XXI

15/06/2008

Poor lonesome localier

Les assises internationales du journalisme se sont déroulées le mois dernier à Lille, et on y a posé de vraies questions sur l'avenir de la profession. Coup de bol : Le Ravi y était et nous en parle. Et c'est là.

 

26/04/2008

Généraliste contre spécialiste

Cri du cœur de Jean-François Kahn dans Libé :

"Un principe devrait être établi selon lequel tout journaliste de bureau, grand chef ou sous-petit chef devrait, au moins trois fois par an, retourner sur le terrain et tout journaliste politique, économique et financier s’investir trois fois par an dans un conflit social, un dossier d’investigation, une affaire glauque (parce que c’est la vie aussi), une crise extérieure ou un drame humain."

Mis à part le fait que Kahn ne s’est pas trop appliqué ce principe à lui-même qand il dirigeait des rédactions, l’idée est plus que recevable. A traiter toujours les mêmes sujets, on perd pied avec la réalité. Même à notre humble niveau de journaliste généraliste touche-à-tout : il suffit de quelques conseils municipaux pour que un ou deux millions en plus sur un budget ne nous paraissent pas si énorme que ça.



Raoul Duke, docteur en journalisme

11/04/2008

Polythéiste

J’adule Hunter S Thompson, je n’arrive pas aux orteils de Derogy, Woodward, Bernstein, je suis total respect admiration de Michel Henry et Fred Guilledoux. Mais un nouveau confrère vient de faire irruption dans mon panthéon : Spider Jérusalem, aka Warren Ellis. Citations en vrac :  

« Nos véritables outils sont nos yeux et notre tête. Il ne s'agit pas simplement de voir ce qui se passe, il s'agit de l"interpréter correctement. Une autopsie perpétuelle. »

« Avec son « journalisme objectif », Wolfit s'est retrouvé à couvrir des concours floraux. Et il a les couilles de fonder une école... »

« Le journalisme est un flingue. Il n'a qu'une balle mais si tu vises bien, c'est suffisant. En visant bien, tu peux faire sauter le genou du monde. »

Fouille-merdes of the world, unite !

Est-ce une révolte ? Non sire, une révolution. De part et d’autre de l’Atlantique, les journalistes en ont marre.

Marre de la pression de leurs actionnaires qui voudraient qu’un journal dégage des marges à deux chiffres, marre de l’obligation de devoir pisser tous les jours de la copie sans avoir le temps de creuser leurs sujets, marre de ce suiveur qui sommeille en chacun de nous et qui nous donne l’impression que ce que si on est seul à mettre tel sujet à la une, c’est qu’il n’est pas important…

J’en passe, et des meilleures. Pour un bref aperçu de tout cela, le lecteur curieux pourra se délecter à la lecture, côté français, des forums du site Categorynet et, côté US, du site angryjournalist.com

 

Raoul Duke, docteur en crise existentielle 

En direct du progrès

ATTENTION : Tous ceux qui ont déjà un tant soit peu réfléchi à l’avenir des médias n’apprendront rien dans ce post. Mais parfois il est bon de poser les choses.

A tous les griefs fondés et profonds exposés ci-dessus, s’ajoutent depuis un an ou deux une vraie rupture de génération entre les journalistes « web » et « print ». Signalons d’emblée que votre serviteur, malgré ses 32 printemps tous mouillés, se situe dans la catégorie « print », sous-famille « dinosaure ».

Aujourd’hui irréversible (et tant mieux), l’irruption du web dans la presse écrite est un renversement total de sa façon de travailler. En gros : dorénavant, les scribouillards peuvent eux aussi, comme la radio ou la télé, émettre en continu et faire du direct ou des flash d’info.

En terme de rythme de travail, ça impose de trouver un équilibre entre la réactivité immédiate (ça c’est bien de la dire tout de suite) et le nécessaire suivi et approfondissement d’un article.

S’y ajoute l’envie –légitime- de mettre du son et de la vidéo en plus. Le journaliste en maraude devient un espèce de groupe multimédia potentiel qui peut simultanément écrire, filmer, enregistrer, photographier un événement, puis restituer le tout après le travail de mise en forme que suppose chacun de ces médias.

Peut-on faire tout ça à la fois ? Peut-être. Peut-on faire tout ça à la fois correctement ? Moins sûr.

A peu de choses près, la presse écrite se retrouve aujourd’hui confronté au vieux dilemme des télévisions : a-t-on vraiment besoin de quatre personnes (rédacteur, cameraman, preneur de son, monteur) pour un reportage ?

Oui si on veut faire de la qualité. Non si on veut que la rédaction ne coûte pas trop cher. Finalement, Internet ça change pas tant de choses que ça. On en reste toujours aux mêmes vieilles questions (voir ci-dessus).

 

Raoul Duke, docteur en archéologie 

06/04/2008

Raoul Duke's not dead

5fe4469da634b8842063897b44c78cd9.jpg

 

Mouhahaha ! Tu croyais jeune inconscient, que l'esprit de Hunter S. Thompson avait disparu, vaporisé avec les cendres de son corps, dispersées d'un tir de canon financé par Johnny Depp* ? Eh ben tu t'es gouré, une fois de plus.

Le bougre s'est réincarné dans le scénariste de BD Warren Ellis pour créer Transmetropolitan, les aventures de Spider Jerusalem, journaliste du futur fortement inspiré de Thompson. C'est violent, déjanté, politiquement incorrect et dans le même temps très profond sur le rôle de la presse dans nos sociétés "démocratiques".

L'Alcazar, pourtant très branché Warren Ellis, n'a pas encore acquis la bête (qui en est pourtant à son deuxième volume). Ne reste donc qu'à la bouquiner au Virgin ou à la Fnac. Et pour ce qui est de post plus d'actualité, je dis pouce, quoi, c'est encore les vacances (reprise du boulot demain...).

 

 

 *Authentique déroulement des funérailles du grand homme. 

28/03/2008

L'enfant quitte le foyer

Pour la première fois depuis le lancement du journal, il y a quatre ans, 20 Minutes Marseille a fonctionné toute une semaine sans que ni Starsky ni moi ne soyons de service. L'une est en congé maternité, et l'autre a pris quinze jours de congés dans son plat pays après avoir frôlé un burn out post-municipales.

Donc, depuis cinq numéros, les pages "Grand Marseille" se remplissent toutes seules sans problème, sous la houlette d'Amandine et de Céline, qui nous remplacent. Et ça a beau être tout à fait logique et normal, c'est tout de même très émouvant.

 

Raoul Duke, père possessif

 

15/03/2008

Raging bulls

Dans la cohue pour recueillir la réaction de Jean-Noël Guérini au soir du premier tour dimanche dernier, deux journalistes en sont carrément venus au main. Alors que, malgré la bousculade générale, planait un silence religieux, un confrère en a frappé un autre à la tête, exprès, et l'autre a bruyamment protesté.

Depuis, à chaque sortie du candidat, des attachés de presse rigolards rappellent la consigne  : "les gars, si vous vous voulez vous foutre sur la gueule, faites-le, mais en silence".  Quand on vous dit qu'il vous prévoir des cours de rugby et/ou de full contact dans les cursus de journalisme...

 

Raoul Duke, docteur es infiltration 

02/03/2008

Fou fou fou

Pour une fois, on avait préparé les interviews de candidats à l’avance, et l’actualité est tombé tôt dans la journée : mercredi 27 février, la rédaction de 20 Minutes Marseille a pu boucler son journal et quitter le bureau à 18h30, contre 21h-21h30 d’habitude. Et ça fait tout bizarre quand on sort du journal de voir du monde dans les rues, les magasins ouverts, des embouteillages…

Mis en boîte

Une demoiselle m’a un peu ruiné le moral ce week-end en soulignant que nous autres journalistes ne donnons pas toutes les clés aux lecteurs pour se faire une idée sur les programmes des candidats aux municipales; que l’on sait que certaines promesses sont complètement irréalistes, et qu’on ne le dit pas.

L’accusation n’est pas fausse : pas besoin de se cacher derrière son petit doigt, il est vrai qu’on a un sourire en coin quand on entend Guérini ou Gaudin promettre des milliers de logements en plus chaque année, le tout sans augmenter les impôts.

Pour ne parler que du dossier du logement, on sait que rien ne se règle aussi facilement : la préfecture reconnaissait en janvier dernier qu’une partie des financements pour construire des HLM en Paca ne sont pas utilisés, faute d’avoir trouvé des terrains ou des entreprises de BTP disponibles. Sans parler de l’opposition des maires ou des recours de riverains qui retardent voire empêchent certains projets de HLM.

D’un autre côté, la politique est tout de même une affaire de volonté personnelle et de capacité à convaincre ses concitoyens. Cette année, on constate que les mentalités changent : même les organisations patronales réclament des HLM, des transports en commun, et demandent aux candidats de s’engager par écrit à en faire. Quant aux finances, elles commencent à arriver : l’Etat renforce ses financements HLM, et les rentrées fiscales devraient augmenter sur la communauté urbaine, ne serait-ce que par l’expansion d’Eurocopter à Marignane.

Dès lors, qu’est-ce qui nous permet de dire que les promesses de nos chers duellistes sont impossibles à tenir ? Rien de sûr : notre habitude des promesses non tenues, notre cynisme de journaliste. Mais en démocratie, le doute bénéficie toujours à l’accusé. On choisit donc de taire nos angoisses.

Raoul Duke, docteur en introspection

01/02/2008

Vas-y Bubu !

Sarkozy est passé en Camargue en coup de vent, juste pour faire quelques images à cheval, un bain de foule et admirer la vierge noire. En digne émule de son boss, Fillon a visité Marseille au pas de charge, trois rencontres avec des élus, petits fours et au r'voir m'sieur-dames.

Jour après jour, tous les membres du gouvernement français semblent pris d'imagite, maladie des politique qui leur fait préférer la belle image à une discussion de fond lors de leurs visites hors de leurs bureaux. Tous ? Non.

Dominique Bussereau, dit "Bubu", secrétaire d'Etat aux transports, grand pote de Raffarin, résiste encore et toujours. Il vient en personne lundi à Marseille présenter son plan de réforme des ports.

Et quelle hallu : il reçoit tous les acteurs du dossier, en finissant par les syndicats (peut-être même la CGT) puis les journalistes, avec une CONFERENCE DE PRESSE où nous autres scribouillards allons avoir le temps de poser des questions sans devoir se jeter dans une mêlée en marche de caméras et appareils photos (non rugbymen s'abstenir).

De nos jours, c'est ça avoir du courage politique.

 

Raoul Duke, journaliste paresseux*

 

*Stéphane, chef du service France de 20 Minutes, me faisait la réflexion la semaine dernière : "Tu connais la paresse des journalistes..." Je fus sans voix devant la justesse de l'analyse. Le mal est aussi (surtout ?) en nous.

25/01/2008

L'enfer des vacances

On y avait réfléchi pendant deux jours, calendrier et livre de comptes à la main. On l'avait envoyé à nos rédac-chefs à Paris, qui l'ont validé. Et puis, un matin, à une conférence de presse du MoDem, on s'est aperçu que notre planning d'articles sur les municipales n'avait pas pris en compte un fait majeur : les vacances scolaires de carnaval !!!

Car ces quinze jours maudits, durant lesquels les villes se vident de leurs habitants et donc de nos lecteurs, tombent à une semaine du premier tour !!!

L'alternative était dès lors cruelle : reserrer notre planning sur les trois semaines "hors-vacances" de février ou ne rien changer, en priant que les Marseillais ne partent pas trop en congés.

Après avoir trituré le problème dans tous les sens, on s'est dit que trois semaines pour couvrir une campagne municipale, ce serait vraiment trop court. Alors lecteur, cette année, ne vas pas au ski. Ou prend avec toi ton ordi portable  pour consulter 20 Minutes entre deux sauts dans la poudreuse.

18/01/2008

Philosophons un peu avec Daniel

Revenant sur les légitimes suspicions engendrées par :

-le cul de Simone de Beauvoir en "une" du Nouvel Obs,

-l'annonce par Sarkozy de la suppression de la pub sur la télé publique,

Daniel Schneidermann balance dans Libé une maxime à écrire en lettres d'or à l'entrée de toutes les rédactions :

"Se dire à la fois que le pire est possible, mais jamais certain, voilà toute la difficulté."

Les journalistes doivent être à la fois suspicieux et pleins d'espoir, ne pas se faire embobiner mais ne pas -trop- désespérer leurs lecteurs à force de négativisme, ne pas être défaitiste mais ne pas être non plus d'un optimisme béat. Cinglé, qui a dit cinglé ?

 

Raoul Duke, docteur en méthode Coué 

 

Nommer l'anonyme

Papier ce matin dans Libé, pour parler de la difficulté à mener une bonne politique de la ville. On cite "un bon connaisseur des arcanes gouvernementales" qui explique que le problème de la politique de la ville, c'est qu'elle doit coordonner plusieurs ministères, chacun sous des autorités différentes etc.
 
Voilà encore une fois la presse prise la main dans le sac : comment désigner une source anonyme sans la griller, tout en donnant quand même au lecteur une idée de sa personne -et donc de sa crédibilité, le tout sans passer pour un con ?
 
L'art est difficile, la critique facile... En l'occurence, parler de "bon connaisseur" est un peu tarte. On espère bien qu'on est pas allé chercher le premier mec croisé dans la rue. En plus, c'est excessivement vague : ça peut aussi bien être un haut fonctionnaire qu'un confrère journaliste très bien informé.
 
Parler de "bonne source" (en cite-t-on de mauvaise ?) ou de "source proche du dossier" (sans blague ?!) est tout aussi casse-gueule. Mais si on est plus précis, on donne des pistes pour retrouver l'indiscret qui a lâché le morceau. Surtout quand il s'agit de dossiers sensibles où il n'y pas 250 000 personnes dans la confidence.
 
Et pourtant les sources anonymes sont indispensables à la presse. Plus encore aujourd'hui que la communication est millimétrée, et que les gens craignent de s'exprimer même pour vous donner un numéro de téléphone. Alors, ami lecteur, souris aux efforts désespérés de la presse pour nommer ses sources anonymes. Mais ne lui en veut pas trop non plus car, après tout, elle fait aussi un peu ça pour ta liberté.
 
 
Raoul Duke, docteur en journalisme 

25/11/2007

Effet d'annonce, mode d'emploi

Jean-Noël est déjà en campagne, Jean-Claude attend. Tout deux se sont cependant déjà lancés dans un festival d'annonces... disons "très ambitieuses".

Jean-Noël veut entre autres : 

-les JO à Marseille en 2020

-le métro jusqu'à Septèmes les Vallons

Jean-Claude veut notamment :

-une nouvelle digue dans le port pour accueillir les croiséristes directement en centre-ville

-un palais des congrès et des expos sur les quais d'Arenc

Que nos politiques aient des rêves et des projets, qui s'en plaindra ? Cependant, à ce stade de la campagne municipale, alors qu'aucun des principaux challengers n'a de programme et encore moins de plan pour le financier, tout cela relève d'un cas d'école de l'effet d'annonce.

Au hasard :

-le métro jusqu'à Septèmes, c'est au minimum plus d'un milliard d'euros de travaux, soit le budget annuel de la ville de Marseille.

-la nouvelle digue, c'est 300 à 500 millions d'euros, soit le prix du nouveau tramway, dont le financement a été particulièrement aisé pour nos collectivités locales.  

Dans cette situation, l'effet d'annonce est un piège particulièrement subtil pour la presse. Le journal ne relève pas l'annonce ? C'est ne pas rendre compte d'un grand engagement du candidat. Il en rend compte, sans commentaire : il est taxé de naïveté, voire de manipulation de son lecteur. Il met l'annonce en perspective, en évoque toutes les difficultés financières et technique ? Il est pessimiste, et devrait attendre d'avoir le plan de financement du programme avant de juger. Quoiqu'il fasse, c'est imparfait, ce qui est un bon résumé du métier de journaliste...

 

Raoul Duke, spin doctor  

12/11/2007

Oh les bonnes tables !

Pour ne pas faire de publicité à quelque marque que ce soit, certains passages de la conversation suivante ont été beepés.

Discussion entre Starsky et Hutch, enregistrée jeudi 8 novembre vers 12h35 à la rédaction de 20 Minutes Marseille, alors que Hutch est sur le départ : 

-J'y vais, je vais au déjeuner presse du conseil municipal

-Bon appétit, tu vas encore de gaver de plats traiteurs. C'est qui qu'ils ont pris à la mairie, comme traiteur ?

-La -beep*-. Je suis assez surpris d'ailleurs, c'est bon mais sans plus tu vois, pas super original. Tandis que la SNCM ils t'emmènent aux -keek- et là c'est autre chose ! 

-Bin ouais forcément, c'est un restaurant gastronomique !! La mairie, tu voudrais qu'ils t'emmènent au -toot- ?

-Bin ils pourraient, c'est juste à côté de chez eux et en plus ils ont un partenariat avec. Enfin de toute façon c'est pas plus mal. Au -toot- la cuisine est pas terrible.

-Oui j'avais entendu dire ça.

-Mais ils ont une super carte de vins !

-T'es vraiment qu'un journaliste mondain, t'as écumé tous les restaux de Marseille en déjeuner de presse !

-Oah non eh ! Bon allez je file.

 

 

*Chaque beep correspondant à un restaurant différent.

09/11/2007

Art invisible

Cri du coeur de Robert Assante, adjoint (UMP) à l'eau et l'assainissement : "Tous les bassins de rétention qu'on construit pour éviter les inondations, ça coûte une fortune* mais dans la population personne n'en verra le résultat, puisqu'il n'y aura plus d'inondation. Tandis qu'une nouvelle crèche ou un lampadaire, ça se voit." Tout cela est triste et vrai mais consolons tout de même Robert : dans sa délégation, il y a aussi l'incinérateur de déchets et ça, pour de bon, ça se verra.

 

 

*33 millions d'euros pour le seul bassin -à venir- sous le cours Puget.

07/11/2007

Ami casse-pieds, je t'aime

Il y en a un ou deux par semaine. Des gens qui appellent pour exiger "l'insertion d'un article" sur leur association de collectionneurs de poupées. Qui appellent pour demander si on peut les aider parce que les caves de leur HLM sont inondées (vécu, la semaine dernière). Et j'en passe...
 
Au premier abord, tous sont des casse-pieds. Mais quelque part quand on les a au téléphone, ils nous font nous rendre compte qu'ils considèrent le journal un peu comme un service public, quelque chose qui leur est utile et qui leur appartient. Et ça, d'une certaine manière, c'est une pensée très réconfortante.

05/11/2007

Blog + journaliste = ?

La blogosphère perd une grande plume. Collègue du service France de 20 Minutes, excellentissime journaliste et grand pote devant l'éternel, David Carzon arrête son blog, et il s'en explique sur le site Blogonautes.
 
Je suis assez d'accord avec lui sur la difficulté à tenir le rythme, et assez admiratif de la capacité de Mr Dave à oser aussi la fiction. Mais je reste persuadé qu'on peut parler de journalisme sur un blog. Ne serait-ce qu'après la lecture du blog de Paul Moreira, grand reporter à Capa. David s'en va, Moreira continue. Big up à tous les deux.
 
 
Raoul Duke, docteur en journalisme 

28/10/2007

On n'est jamais si bien sabré que par soi-même

L'article de Libération sur l'arrestation d'un sans-papiers, mercredi, dans les bureaux de la préfecture, permet de toucher du doigt une notion essentielle au journalisme, mais tellement difficile à décrire : la notion d'angle.

Dans son article, Michel Henry choisit de s'intéresser au dilemne auquel sont confrontés tous les sans-papiers : aller ou ne pas aller en préfecture pour faire avancer leur dossier, au risque de se faire arrêter.  Pour traiter cet angle, Michel Henry met de côté les autres faits survenus suite à cette arrestation : la compagne du sans-papier et trois militants RESF emmenés au poste, une manif RESF qui bloque les accès au centre de rétention avec au final l'intervention des CRS qui dégagent -en les portant à la main !- les militants jusqu'au boulevard Casanova.

Un angle c'est ça : un axe pour aborder le sujet, qui amène à mettre en avant certaines infos et à ne pas en traiter d'autres.

Le même jour, votre serviteur rédige lui aussi un papier sur cette arrestation. Las ! Par fatigue, manque de temps, lassitude, you name it, je m'en tiens à un simple compte-rendu des faits, avec une légère mise en perspective ("regain de tension trois jours après le procès de Florimond Guimard").

Promis, je ferais mieux la prochaine fois.

 

Raoul Duke, master en auto-critique 

26/10/2007

Truuuuuth, huuuurts

Proposition sympa de Bernard Latarjet, directeur général de l'association Marseille Capitale Européenne de la culture 2013 :

"Nous allons proposer à des journaux de détacher des journalistes pour travailler sur des thématiques de la Méditerranée, des enquêtes au long cours, sur plusieurs mois. Bien sûr nous prendrons en charge une grande partie des frais. Nous savons bien que les entreprises n'ont généralement plus les moyens de financer ce genre de choses."

Euh merci Bernard. Tu as raison, mais ça fait mal quand même de se l'entendre dire. 

18/05/2007

Full frontal

Décryptage de Jean-Claude Casanova, directeur de la revue Commentaire, interviewé par Le Monde

"Nicolas Sarkozy cherche la communication directe et même la communication de confrontation. Ce qui lui donne d'ailleurs une assez grande marge de manoeuvre : partant de positions très tranchées, il se ménage toujours la possiblité d'évoluer en donnant le sentiment d'avoir écouté." 

Chance ? On a pas encore croisé d'hommes ou de femmes politiques provençaux qui pratiqueraient ce genre de communication. Ce n'est sûrement que temporaire...

04/05/2007

Et ils ont quand même la foi

Y a pas que les électeurs qui disent des choses contradictoires : les journalistes aussi, comme le pointe le sondage* réalisé en mars dernier pour les assises du journalisme.

Vous me direz : un sondage c'est pas fiable. Sauf qu'à ce niveau de réponse, ça dénote quand même une certaine réalité... Comme le relève Télérama, "à 92%, les confrères sont inquiets sur l'avenir de la profession.

"Les deux tiers (surtout les jeunes et les vieux), estiment que l'exercice du métier évolue plutôt négativement.

"En cause : manque d'hommes, de temps et de matériel, pression économique de rentabilité."

Fini le temps où Woodward et Bernstein pouvaient passer leur semaine à traquer les sbires de Nixon sans même être sûrs de pouvoir publier quelque chose à la fin...  

Cependant, 70% des journalistes interrogés aussi se disent  "satisfaits de leurs conditions de travail". Allez comprendre...

 

Raoul Duke, docteur en journalisme 

 

*Réalisé auprès de 400 confrères de PQR, PQN, TV et radio. 

sondage_csa.2.pdf

analyse_jm_charon.pdf

24/04/2007

Mal aux yeux

Alors que nous sommes en train de nous casser les yeux et le cerveau sur les résultats du premier tour de la présidentielle, répartis par région (pour le deuxième tour), par circonscription (pour les législatives), par ville (pour les municipales), France Info resort un reportage très bien senti sur les statistiques et leur utilité dans le débat politique.

La statistique d'où qu'elle vienne, est toujours mal utilisée : placée hors contexte, tronquée, voire parfois carrément falsifiée. Ce qui fait dire à un mathématicien : "La statistique, c'est comme le bikini : ce que ça montre, c'est suggestif, ce que ça cache, c'est essentiel." A marquer en lettres d'or dans toutes les salles de rédaction.

 

Raoul Duke, docteur en doute-de-tout, même de lui-même 

23/04/2007

Election day's adrenaline push

Mmmmmm... Batailler avec l'édition pour gratter dix minutes avant d'envoyer la page à l'imprimerie, entendre le téléphone sonner toutes les 30 secondes en sachant que c'est toujours important, taper ses papiers en ayant une oreille sur la télé allumée en permanence, zigzaguer au milieu du bureau entre les boîtes à pizza , le vin, les cigarettes (euh non c'est non fumeur), courir dans tous les sens, bosser 13h d'affilée. Je ne le ferais pas tous les jours, mais ça fait dôlement du bien.
 
Raoul Duke, docteur en "je ne travaille que sous la pression du dernier moment" 

19/04/2007

Hélas, rien n'est gratuit

Question candide d'un lecteur venu consulter nos archives cet après-midi : "Mais alors comment ça marche un journal gratuit ? C'est fait par des bénévoles ?"

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu