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19/09/2006

No pasaran

Il y a un truc qui fait peur chez Mégret. Cette violence rentrée qu'on sent dans sa façon de parler. Il assène ses propos, ne supporte pas qu'on l'interrompe et encore moins qu'on le contredise, même quand la personne face à lui est un magistrat chargé de le juger.

Plusieurs de ses proches lieutenants, appelé à la barre, sont comme lui. Ils esquivent les questions en haussant le ton ou en se lançant dans des diatribes politiques du style "les autres ont fait encore pire que nous".

Mégret a encore tenté le coup ce matin après que le procureur a requis deux ans de prison avec sursis contre lui. Il a invoqué Juppé, Drut, Cambadélis. En mélangeant allègrement réquisitions, condamnations prononcées et condamnations effectuées au terme des remises de peine et autres grâces présidentielles.

Il n'a pas tort de dire que la justice est clémente avec les politiques. Mais ce n'est pas en rappelant que les politiques sont "tous pourris" qu'il fera oublier qu'il est lui aussi est dans le bain.

En ce temps-là j'avais 20 ans

J'aperçois régulièrement Mégret au conseil municipal de Marseille (où il brille par son silence), mais de le revoir dans un prétoire parler de ces années de scission avec le FN, ça ramène plein de souvenirs.

En 1998, j'étais  étudiant en journalisme, et j'avais proposé un papier pour le journal école sur l'arrivée au FN marseillais d'un dur, un proche de Le Pen, Jean-Jacques Susini, envoyé pour faire chier Mégret, alors en pleine ascension dans les Bouches-du-Rhône.

Pour essayer de choper Susini, je me pointe à un congrès auquel devaient assister Le Pen, Mégret, Gollnisch et une bonne partie des cadres du FN, au palais des congrès à Aix. L'ambiance est déjà électrique après que Le Pen a viré du bureau national du Front plusieurs cadres mégrétistes, quelques jours auparavant.

Ce soir-là, à Aix, la discorde prend une tournure publique : alors que Gollnisch fait une conférence de presse pour soutenir Le Pen et stigmatiser les "putschistes", Mégret surgit derrière lui et lui ordonne de faire preuve de retenue.

Au même moment, dans le hall, Stéphane Durbec, élu régional FN, sort en larmes de la salle de congrès. Avisant Damien Bariller, directeur de cabinet de Mégret (et co-prévenu à ses côtés dans l'affaire des courriers), Durbec se rue sur lui, l'empoigne par le col et lui hurle "tu te rends compte de ce que vous faites, Damien ? Vous êtes en train de tuer le parti !"

S'ensuivra un mois de guerre larvée où les militants lepénistes et mégrétistes marseillais s'insultent, se piquent les clés des permanences, voire se bagarrent physiquement.

Dix ans après, Le Pen a atteint le second tour de la présidentielle, Mégret est dans les choux, et ça fait bizarre de tirer sur l'ambulance. Mais comme dit Starsky : il avait promis qu'ils gérerait les choses mieux que tous les hommes politiques réunis, et il a commis toutes les turpitudes qu'ils dénonçaient chez les autres.

 

 

La délinquance économique et financière pour les Nuls

Eeeeh dis, toi ! Tu veux détourner de l'argent public ou faire des abus de biens sociaux au sein de ton entreprise ? Ouais ? Eh bin toi aussi tu sais éviter beaucoup d'ennuis en ne signant aucun papier ! C'est LE principe de base. De base.

Ne laisse aucune mention manuscrite (et encore moins ta signature) sur les documents qui passent entre tes mains. Sinon, au moment de plaider devant le tribunal, le président projètera ton écriture sur écran géant, et tu seras obligé de reconnaître une certaine responsabilité.

Fais donc tout par oral ou, au pire, par mail. Tu pourras toujours clamer à la barre que les témoins, qui jurent t'avoir entendu donner l'ordre de transférer l'argent, ont mal entendu, mal compris, mentent ou t'en veulent parce que tu les a licenciés.

Si tu es vraiment acculé, prétends qu'un polisson a utilisé ton ordinateur pour envoyer des mails au comptable.

Tu n'échapperas sans doute pas à la condamnation, mais tu pourras toujours claironner devant tes amis que l'accusation ne repose sur aucune preuve matérielle.  

18/09/2006

C'est un complot et toute cette sorte de choses

Son procès à peine ouvert, Bruno Mégret n'a pas manqué de fustiger hier "l'acharnement judiciaire" à son encontre. Encore un procès, et qui tombe pile "quelques mois avant les élections présidentielles".

Tout ça alors qu'on ne lui reproche "que" 74 000 euros de détournements de fonds publics, qu'il en a remboursé la moitié, qu'il n'y a pas eu d'enrichissement personnel et qu'on a mis plus de temps à poursuivre les élus RPR dans les emplois fictifs de la mairie de Paris ou les marchés truqués d'Ile-de-France. 

Quant aux témoins de l'accusation, ce seraient tous des gens aigris qui lui reprochent d'avoir rompu avec l'extrème droite en se rapprochant de l'UMP et / ou de les avoir conduit dans le mur après la scission d'avec le FN. 

Pas faux... Mais le président du MNR passe vite sous silence tout les mois passés à utiliser Vitrolles comme une vitrine "exemplaire" de sa gestion. Une mairie où les prévenus assurent aujourd'hui que personne ne donnait d'ordres, personne ne savait qui faisait quoi, et où l'argent du contribuable a servi à financer un parti politique.

Que la faute ait été ou non intentionnelle est un problème juridique, mais au final secondaire. C'est l'exemplarité politique de l'affaire qui est importe : au FN, puis au MNR, Mégret se targuait de faire de la politique d'une manière différente de celle de "l'establishment" PC-PS-UDF-RPR. En matière de probité politique, il n'a pas peut-être pas fait pire* qu'eux, mais il n'a sûrement pas fait mieux.

 

 

*Si on ne parle que de détournement de fonds. A l'époque où Mégret en était délégué général, le FN a tout de même fait l'objet de plusieurs enquêtes concernant les activités de groupes paramilitaires au sein de son DPS (Département protection sécurité) 

Vitrine et tapisserie

Tous les prévenus, Bruno Mégret compris, s'accordent à dire que Catherine Mégret ne gérait absolument rien à la mairie. Madame le maire n'ayant pas daigné venir à l'audience, on ne saura pas si elle accepte ou non d'endosser le costume de potiche qu'on veut lui tailler. 

Pour s'en faire une idée, on ne peut que se référer à ses déclarations sur PV d'audition, lues hier à l'audience. Notamment : 

 « On écrivait pour moi, on utilisait mon image et puis basta ! »

« Mon mari était conseiller spécial. Il me donnait des conseils dans un cadre privé »

« Si mon mari le dit, c'est que ça correspond à la réalité »

« Vous connaissez le monde machiste dans lequel nous vivons : je n'ai pas toujous été respectée par les personnes de sexe masculin qui m'encadraient [à la mairie de Vitrolles] »
 

Citons aussi, plus énigmatique, cette précision de Catherine, qui révèle :  

« J'ai été adoptée par les Vitrollais en tant qu'être humain »





Sure shot

Aaah je sais c’est facile mais allez je ne résiste pas...

Copyright Vincent Turbeaux, président 6e ch. corr. TGI de Marseille 2006 :

« Vous avez des déclarations cataclysmiques » à Yves Bovéro, ex-directeur de cabinet de Catherine Mégret

« Mr Mégret, ne soufflez pas la réponse à Mr Bovéro »

« C'est la statue du commandeur, votre cliente, ne le faites pas parler alors qu'elle n'est pas là ». à Me Juramy, avocat de Catherine Mégret

« En France, on est pas comme en Prusse : le chef, il est devant. » à Bruno Mégret

« Ce sentiment de citadelle assiégée, au sein de la mairie de Vitrolles, peut avoir une réalité, et peut expliquer cette attitude »

« En quoi ça nous intéresse ? » à Jérôme Denolle, directeur de cabinet de Bruno Mégret, tentant d’expliquer que le MNR n’aurait pas payé ses courriers moins cher s’il était passé par un appel d’offres classique.

« Si on compare toutes vos déclarations, personne n'a rien fait et ne savait rien. Vous prenez un risque en vous débinant tous comme ça. Vous connaissez la phrase [« Tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens »] prononcée par Simon de Montfort… »  à Damien Barriller, ex-directeur de la communication de la mairie de Vitrolles

« Mr Autric [employé au service communication de la mairie de Vitrolles] est gentil. Il va nous dire que le bon de commande des courriers, il l'a fait en dehors de ses heures de travail, à 23h, et qu'il s'éclairait à la bougie »


« La thèse de l'erreur pourrait tenir, parce que ça paraît tellement ridicule... Mais quand on lit vos déclarations, on s'interroge »

Je sais rien mais je dirais tout

Copyright 6e chambre correctionnelle, TGI de Marseille 2006 

« Mon seul contact avec un imprimeur, ça a été pour mes faire-parts de mariage » Jérôme Denolle, ex-directeur de campagne de Bruno Mégret

« En matière de mise en page, je suis un handicapé informatique » Yves Bovéro, ex-directeur de cabinet de Catherine Mégret

Persiste et signe

 Copyright Bruno Mégret et 6e chambre correctionnelle, TGI de Marseille 2006 :

« Il s'agissait d"envoyer la facture à la commune, euh, non, au MNR ! C'est un lapsus non-révélateur »

« Il y a de quoi se flinguer quand on voit ça ! »  à propos du trésorier de la ville de Vitrolles, qui aurait accepté le paiement par la ville des courriers du MNR, mais refusé le remboursement du MNR

« Presque contrainte et forcée, la gestion de mon épouse a été exemplaire de probité »

Amis de trente secondes

Copyright 6e chambre correctionnelle, TGI de Marseille 2006 : 

« Mégret a utilisé un système de défense qu'avaient utilisé les communistes quand ils falsifiaient les élections dans la banlieue rouge de Paris » Franck Timmermans, ex-secrétaire général du MNR

« C'est la plus belle saloperie que j"ai entendue de ma vie, emballée dans un réquisitoire moralisateur » Bruno Mégret, à la barre, à propos de la déposition de Timmermans

« C'est un artiste de la manipulation et de la désinformation. Quand c'était contre mes adversaires, je m'en réjouissais ». Mégret à propos de Timmermans

 
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